Traduction de l’interview de Billie Joe pour Rolling Stone


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Dans le studio de Green Day à Oakland « Je n’ai plus envie d’être le genre de mec qui parle d’addiction. La dernière chose que je veux, c’est bien la pitié des gens. Je ne veux pas un festival de pitié. » Billie Joe en est à sa deuxième journée de discussion intense sur les six derniers mois de sa vie : son violent pétage de plomb pendant le concert de Green Day au I Heart Radio Music Festival à Las Vegas en septembre dernier, son chemin vers la cure pour lutter contre l’alcoolisme et l’addiction aux médicaments, une tournée annulée et l’effet désastreux que ces événements ont eu sur les ventes des 3 nouveaux albums du groupe, et les répercussions sur ces amis de longue date Mike Dirnt et Tré Cool.
« Je n’ai pas réexaminé tout ça. », admet Billie Joe, en prenant un morceau de son muffin en guise de repas. Il y a fréquemment des pauses durant la conversation, durant lesquelles il réfléchit, comme si il sentait encore ce qu’il s’est passé. Il y a aussi une impatience dans sa voix, plutôt de bonne augure, quand il réfléchit à son calvaire, à l’impact que ça a eu sur sa femme Adrienne et leurs fils Joseph et Jakob, et sur son futur proche. Green Day sont de retour sur les routes en mars, pour des concerts en Amérique du Nord, et cet été en Europe.
« Après notre première interview, je me suis dit qu’on avait trop parlé d’addiction. Je suis plus fort que ce truc. C’était un incident. C’est arrivé. Le reste, c’est de l’histoire ancienne. J’ai beaucoup d’autres trucs plus importants à faire. Je dois prendre soin de ma famille. J’ai mon groupe. Je suis un peu un créateur fou. Je le serai toujours. Et c’est ce qui va recouvrir mes problèmes d’addiction. »
Avec son chapeau, son slim noir et son eyeliner, Billie Joe, qui a eu 41 ans le 17 février dernier, a toujours les allures d’un gamin punk rock qui est derrière les plus grands albums de Green Day (Dookie et American Idiot). Mais le Billie Joe qu’on a pu voir à Las Vegas le 21 septembre dernier, était dans un état désastreux : la faute au mélange de pilules pour lutter contre l’anxiété et l’insomnie, en plus d’une longue histoire avec l’alcoolisme.
Avant d’entrer sur scène à Las Vegas, Mike se souvient : « Je l’ai pris à part et lui ai dit « Mec, il faut que tu te calmes. » Et dès le moment où je suis monté sur scène, je me suis dit que ça ne s’annonçait pas bien. On est réputés pour être un bon groupe en live. Là, il n’arrivait même pas à jouer de la guitare. » Au lieu de ça, Billie Joe a cassé son instrument, après s’être emporté contre le festival. Le 24 septembre, il commença son programme de cure.
« Ca a commencé pendant 21st Century Breakdown. Sur cette tournée il y a eu pas mal de pétages de plomb. » Lors d’un concert au Péru, pendant un discours contre la nouvelle technologie, Billie Joe avait crié « J’ai hâte que Steve Jobs crève de son cancer ». Steve Jobs mourut un an plus tard. « C’était vraiment con de ma part. Ca commençait à partir en vrille. »
Pendant sa cure, Billie Joe eu seulement un « semicontact » comme il le dit, avec Mike et Tré. « Je lui ai écrit à lui et Adrienne quelques lettres pour lui dire ce que je ressentais, combien j’étais inquiet et fier de lui », explique Mike. Comme Billie Joe l’explique dans l’interview, les deux amis se sont croisés par hasard un jour à Oakland. « Billie Joe s’est excusé auprès de moi, du fond de son cœur. On était deux amis assis sur le banc d’un parc. J’espère me retrouver sur ce même banc quand je serai vieux, en train de nourrir les oiseaux et en discutant. »
Billie Joe évoque sa guérison à travers des méditations, des rencontres et des réflexions sur la notion de limite. « On va faire cette tournée, en prenant soin de faire tout ce qu’on peut pour que tout le monde se sente en bonne santé, en sécurité et heureux. On verra après ». Il a commencé à composer de nouveaux morceaux et mentionne deux événements importants en 2014 : le 10e anniversaire d’American Idiot et le 20e de Dookie. « Il ne faut pas oublier ça ! »
À la fin de notre deuxième session, je demande à Billie Joe s’il tient à s’excuser auprès d’autres personnes: les fans de Green Day, qui ont vu son pétage de plomb. « Je les ai laissés tomber. Le truc à Vegas, certains aiment, d’autres détestent. Je sais que je ne revivrai pas un truc comme ça. C’est une part de moi que je ne veux plus que mes fans voient. J’ai envie de faire de bons concerts. Je veux qu’on puisse compter sur moi. Et c’est ce qu’on va faire. »

Quand on s’est vus en juin dernier pendant vos sessions de mixage, tu me paraissais normal, tu semblais content et plein d’énergie. Qu’en était-il vraiment ?
J’étais plutôt heureux, pour être honnête. On s’est vraiment éclaté à faire cet album. C’était un gros projet, amusant, avec un bon esprit. Puis après avoir mixé les albums, ma tante est décédée. J’ai dû rentrer chez moi. J’ai aidé mon cousin à financer l’enterrement. Ma tante, qui était la sœur de ma mère, avait une grande présence au sein de ma famille. Ça m’a beaucoup affecté. À partir de là, je me suis senti submergé. On faisait de la promo tous les jours. Puis il y a eu la tournée. On préparait aussi la tournée d’après, et encore une autre. J’étais débordé et fatigué. Je me suis dit « Mon Dieu, je me sens déjà comme ça alors que le premier album n’est pas encore sorti. »

Qu’est-ce que tu prenais comme médicaments?
Je n’ai pas envie de le dire. C’était pour lutter contre l’anxiété et pour dormir. J’ai commencé à les mélanger pour en arriver au point où je ne savais plus ce que je prenais le soir. Ca devenait une routine. Mon sac ressemblait à un hochet géant avec toutes ces boites.

Et à quel niveau buvais-tu ?
Certaines personnes peuvent sortir, boire quelques verres et voilà. Moi je ne pouvais jamais savoir comment j’allais finir à la fin de la soirée. Je pouvais me réveiller dans une maison étrange, affalé sur un canapé, sans savoir comment j’étais arrivé là. C’était le trou noir total. J’essaie d’être sobre depuis 1997, juste avant Nimrod. Mais je ne voulais pas faire de cure. Parfois, en étant alcoolique, tu penses que tu peux contrôler le monde. Mais là c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je n’avais plus le choix.

L’alcool a toujours été présent chez Green Day, on visualise bien trois mecs en train de faire de bons albums de punk en buvant quelques bières.
Ou fumer. On était de gros fumeurs, d’où le nom Green Day. On a toujours bu. Nos groupes préférés buvaient. On fréquentait le Gilman Street où il était interdit de boire, donc on se cachait derrières des buissons pour boire, avant d’avoir l’âge légal de consommer dans les bars. J’ai aussi beaucoup joué en étant bourré. Peu importe où on allait, je prenais toujours des bières (de 2 à 6) et quelques shots, avant de monter sur scène. Puis on allait jouer, et boire jusqu’à la fin de la soirée dans le bus. Je m’endormais, me réveillais le lendemain, en me sentant mal, puis j’allais au sound check…. Et c’était ça tous les jours. Vu comme ça, j’avais le mode de vie d’un alcoolique.

Est-ce qu’il y avait des signes précurseurs avant Las Vegas ?
C’est marrant parce qu’il y a eu un incident en Angleterre. On jouait quelques concerts en Europe. À ce moment-là je prenais quelques médicaments pour m’aider à dormir. On était allés au Japon, en Angleterre, bref on allait un peu partout. Un soir, j’ai passé un coup de fil à un ami qui était dans la chambre d’à côté à l’hôtel. Je lui ai dit de passer pour qu’on boive un café. Il était 7h du mat’. Je lui ai dit que j’avais pris tous ces cachets mais que je n’arrivais pas à trouver le sommeil. C’était une conversation normale, comme celle qu’on a là. Après ça, je reçois un sms de mon manager qui me dit de passer le voir pour parler du Reading Festival. J’y vais donc, je m’assois. Et il me dit « On prend l’avion, on annule le reste de la tournée et tu vas en cure. » J’ai fait « Quoi ? De quoi tu parles ? Pas question. » On en a parlé plus tard. On avait un petit concert prévu à Londres. Je lui ai dit que je ne voulais pas annuler les concerts, que ça n’était pas possible. Mais que dès qu’on serait de retour chez nous et qu’on en aurait fini avec la promo, quelques jours après le concert de Las Vegas, j’irais en cure. Mais qu’on ne pouvait pas annuler les shows. Et finalement, à une semaine près, j’avais raison.

Une semaine avant l’incident de Las Vegas, j’étais allé vous voir à New York. C’était un bon show, vous avez joué environ 40 chansons pour presque 3h de concert. Tu buvais pas mal et je me suis dit qu’on allait te perdre.
C’était le trac de New York. Avant de monter sur scène je me suis enfilé 4-5 bières et j’ai dû en boire 4 ou 5 autres pendant le concert. Et après j’ai beaucoup bu aussi. J’ai fini avec la gueule de bois sur le West Side Highway, dans un petit parc. Il y a eu beaucoup de concerts où j’ai dépassé les limites. Mais ce concert était particulier parce que c’était le jour des 30 ans de la mort de mon père. Ca me pesait beaucoup. On a fini ce show avec « Wake Me Up When September Ends ». C’était une dure soirée.

Et en tout cas à Las Vegas, tu as complètement perdu le contrôle.
Dès qu’on a atterri à Las Vegas j’étais de mauvaise humeur. Pour tout te dire, c’était en grande partie parce que je me prenais la tête à trouver une setlist. Il fallait que je pense à ce show comme étant une émission de tv et non un concert. Je me demandais comment on allait parvenir à apporter notre état d’esprit en passant après Usher, alors qu’on venait de faire ce show à New York. J’envoyais des messages à Mike pour lui demander ce qu’il pensait de mes idées. Et surtout, je me demandais ce que je foutais là. J’étais vraiment énervé, et j’ai rejoint Jason White dans un coin pour manger et boire du vin. J’essayais de ne pas boire. Mais j’avais déjà pris pas mal de médicaments. Je me suis laissé tenter par le vin. Et au bout d’un moment, d’un claquement de doigt, j’étais parti. Trou noir.
Je me souviens de quelques trucs : arriver à la salle, être en backstage. Je me souviens d’avoir vu le panneau « 15 minutes » clignoter. Puis je suis sorti et j’étais complètement fait pour le reste de la nuit. Le lendemain au réveil, j’ai demandé à Adrienne « C’était vraiment si mal que ça ? », elle a répondu oui. J’ai appelé mon manager. Il m’a dit « Tu prends l’avion, tu rentres à Oakland et tu vas en cure immédiatement. » J’ai donné mon accord.

Combien de temps pensais-tu que vous deviez jouer à ce concert ?
J’ai entendu 15 minutes. Adrienne semblait croire que c’était 30 minutes. On a l’habitude de jouer 2h30 – 3h. J’ai du mal à tout condenser en 15 minutes. J’aurais juste dû jouer quelques chansons et basta. Ma sœur Anna regardait le show sur internet. Elle a appelé ma mère et mon autre sœur qui étaient présentes. Elle demandait ce qui se passait et ma mère a répondu que j’étais bourré.

Est-ce que tu te souviens de ce que tu as fait ou dit sur scène ?
Non. Les gens m’en ont parlé. Ou alors j’ai vu des photos. Et ça me dégoûte. Ce n’est pas vraiment ce que j’ai dit ou fait qui me gêne le plus. C’est surtout que ce n’était pas moi. Je ne suis pas ce genre de personne. Je ne veux pas être comme ça. Je suis le genre de buveur qui a des trous noirs. C’est ce qui s’est passé. Parfois les gens m’en parlent, mais pour moi c’est comme de l’amnésie.

Est-ce que tu penses regarder la vidéo de ce concert pour t’aider dans ta cure ?
Non. Je n’irai pas jusque là. C’était la dernière fois que j’étais bourré. Le côté positif que ça ait été filmé, donc dès que j’ai envie de boire, j’y pense.

Avec le statut de célébrité, on dit souvent que ça donne le droit de dire « non » à certaines choses. Pourquoi est-ce que tu n’as pas refusé de faire ce concert quand on vous l’a proposé ?
Si j’avais été censé je l’aurais peut être fait. La folie survient juste avant l’alcool. Quand on nous met notre planning sur une feuille, on ne se rend pas bien compte, on se dit juste que ce sont des trucs qu’on va faire comme ça. Et quand tu arrives à l’endroit où tu dois aller, là tu te sens gêné. Peut-être que j’aurais bien aimé ce show si j’avais été sobre. Mais j’en doute. Mais c’était important que le rock soit représenté. Il y a bien des gens qui ont besoin de cette musique et tout ce qui va avec. Si un mec achète un album de Green Day, il y a de grandes chances pour qu’il aille ensuite acheter un cd des Ramones. C’est bien de changer un peu au milieu de la musique pop. On a bien joué des chansons qu’on a regrettées après. Mais ça fait partie de notre ambition. On a quand même fait un spectacle à Broadway, et on n’aurait jamais pensé faire ça. Peut être que j’ai pensé que ce show à Las Vegas… Je ne sais même pas en fait . C’est un show pop pour la radio qui s’est mal fini.

Les conséquences (dont l’annulation et le report de concerts) se sont aussi faites ressentir sur la vente des albums. Le groupe n’était plus là pour la promotion.
C’était assez étrange. Je ne m’imaginais pas être en cure le jour de la sortie de Uno. Mais je ne pense pas que ces albums soient des échecs. Ce qui est le plus important pour moi, c’est mon esprit rock’n’roll. Ca prime sur les ventes. Quand j’écoute 99 Revolutions, je me dis que c’est un des meilleurs trucs que j’ai écrits. Je me souviens quand tout le monde disait que « Give ‘Em Enough Rope » était l’album de trop des Clash. Non mais sérieux ! On est aussi passé par là. Après Dookie, quand on a sorti Insomniac, tout le monde disait qu’on était finis. La vie est faite de hauts et de bas. Mais on adore faire des albums. Et je continuerai à le faire.

Est-ce que tes fils achètent des albums ? Ou alors ils préfèrent télécharger ?
Sur Itunes oui. Mais j’ai vécu un grand moment avec mon plus jeune fils. Un jour, j’installais une nouvelle platine. J’ai retiré l’ancienne et je lui ai demandé « Hey Jakob, tu voudrais pas d’une platine ? » Il m’a dit oui, et comme il adore les Strokes, je lui ai acheté un vinyl des Strokes. Puis dans sa chambre, quand il a mis le vinyl, il a levé le truc pour mettre en route le vynil, il me demande « Où est-ce que je dois le mettre ? Entre les lignes du vinyl ? » (Rires). Il a fait tomber la tête de lecture et la chanson a commencé… C’était cool. Ca a illuminé ma journée.

Décris ta première semaine en cure, chez toi.
Je devais me mettre en retrait. C’était horrible. Je m’allongeais sur le sol de la salle de bain, et voilà…. Je ne réalisais pas à quel point ça m’affectait. Pas que sur le moment. Je me demandais à quand ça remontait. Ca avait l’air de fonctionner. C’était vraiment la merde. La seconde semaine, je me disais « Ce n’est pas fait pour moi. Je ne suis pas convaincu. ». Le plus désolant là-dedans, c’était que je voulais me débarrasser de tous ces narcotiques pour que je puisse boire. C’est ça le truc le plus fou. Tu fais des excuses. Tu relativises. Ca ne veut pas dire que c’est la meilleure chose à faire.

Est-ce que tu parlais à Mike ou Tré pendant que tu étais en cure ? Est-ce que tu savais comment ils se sentaient ?
Il y avait peu de contact. Je crois que Tré avait peur. La vie a pris une tournure assez sérieuse à ce moment là. Mike était énervé. Juste après mon retour de Las Vegas, il m’a tout déballé. En 3-4 phrases. « Tu me fais flipper. Tu es en train de niquer ta vie. Tu niques la vie de tout le monde. Tu as besoin de te faire soigner ». Ce qu’il y a de bien, c’est qu’on se connaît depuis tellement longtemps, que ce genre de trucs ne crée aucune animosité entre nous. Au bout de 3 semaines et demies de cure, je commençais à prendre l’habitude d’aller dans cette boutique de donuts pour prendre un café. Et évidemment, un jour, je croise Mike. On s’est posé et on a eu une grande discussion. Mike et moi sommes amis depuis qu’on a 10 ans. Parfois, Green Day finit toujours par revenir, parce que ça fait partie de nous.

Est-ce que c’était dur pour ta femme et tes enfants d’être chez toi, à te voir en cure ?
J’ai laissé ça de côté pour mes fils. Mes chiens me regardaient en se demandant comment j’allais. Ils sentent ces trucs. J’aurais pu aller dans un centre spécialisé, mais je voulais être entouré de ceux que j’aime. Et ma femme ne boit pas. Elle n’a jamais bu. Elle n’aime pas le goût et l’odeur.

Est-ce qu’elle s’occupait de toi ?
Non, une infirmière venait me voir pour être sûr que je n’aie pas de crises. Mas Adrienne est une femme forte. Elle savait. Je suis sûr que c’était dur pour elle de me voir comme ça. En même temps, je pense qu’elle a dû faire des choix.

Comme ?
Est-ce qu’elle allait m’abandonner ? Je suis sûre que cette idée lui a traversé l’esprit. Que si je n’arrivais pas à devenir sobre, je pourrais tout perdre. J’aurais pu aussi perdre le groupe. Je ne me rendais pas compte à quel point j’étais destructeur. Je pensais que tout le monde était dans le délire. Sauf que le délire, c’était moi.

Les paroles sur les albums de la trilogie ont beaucoup de références aux excès dangereux et à la crise de la quarantaine, comme « Amy », « X Kid »… Est-ce que tu écrivais aussi ces chansons à propos de toi ?
Oui. Le mec dont je parle dans X Kid avait les même vices que moi. Dans Uno, on parle surtout du fait d’être « jeune, libre ». Le 2e album évoque la crise de la quarantaine, dans le sens où j’ai envie de vivre ma vie de façon dangereuse, parce que je ne l’ai pas assez fait. Et le 3e album est la réflexion sur la réalité. Je vis ces trois phases depuis mes 17 ans.

Etais-tu sobre quand tu as écrit « Amy » ?
Je prenais pas mal de médicaments. J’étais sobre, mais mon esprit n’était pas clair. En voyant comment elle a fini, ça m’a donné envie d’écrire cette chanson. Je n’écris pas beaucoup à propos de gens qui sont morts. Je ne l’ai fait que 3 fois : X Kid, Wake Me Up, et Amy. Bizarrement, j’ai eu un rapport assez spécial avec la mort, parce que je l’ai vécue très jeune. Toute ma famille est plus âgée que moi, j’ai pas mal d’amis qui se sont suicidés, qui ont eu des accidents, se sont pendus. La mort a toujours fait partie de ma vie. Ce que je dis paraît très amusant n’est-ce pas ? Mais quand on y pense, j’ai toujours écrit à propos d’addiction. Il y a cette voix en moi qui dit « Je te l’avais dit que ça allait arriver. Tu ne voulais pas prendre ça au sérieux ».

Est-ce que tu peux citer des exemples de chansons qui sont bien plus autobiographiques que ce que les gens pouvaient imaginer ?
« Hitchin A Ride ». « Lazy Bones », cette chanson me donne des frissons rien que d’y penser. « Little Boy Named Train », cette chanson est tellement moi. Ca parle de se sentir perdu. Quand j’étais gamin, j’allais souvent errer pour finir je ne sais où. Ou alors je me perds dans mes pensées.

Tré a dit un jour que tu étais quelqu’un de « talentueux et de tourmenté », et que dans ton cerveau c’est comme si « 18 cassettes tournaient en même temps ». Ce genre d’hyperstimulation montre que tu peux écrire 3 albums d’un coup, rapidement.
Ca veut aussi dire que je peux être un pauvre type lunatique et un gros alcoolo. C’est aussi pour ça que je prenais des médicaments, pour faire arrêter tout ça. Maintenant il faut que je trouve un autre moyen de calmer tout ça.

Est-ce que tu as été diagnostiqué comme étant insomniaque ? Vous avez même appelé un de vos albums comme ça.
Je n’ai jamais été diagnostiqué. Je sais juste que je ne dors pas très bien la nuit. Ca me prend du temps avant de trouver le sommeil. Je pourrais être simplement quelqu’un de nocturne. J’ai mes moments pendant la nuit où je traine, j’écoute de la musique et je regarde la tv. C’est ça qui était dur en ayant des enfants : il faut se mettre à leur rythme, et se forcer à dormir quand ils dorment.

Est-ce qu’il y a des antécédents dans ta famille avec l’alcool ?
Je n’ai pas envie de trop en dire. Je dirais simplement que j’ai grandi dans une maison remplie d’amour et de chaos. Je me souviens en avoir vu. Je savais que c’était présent. Mais au bout d’un moment, j’ai arrêté d’essayer de m’en soucier.

Comment décrirais-tu le mode de vie punk rock que tu avais quand Tré et toi viviez ensemble sur Ashby Avenue à Berkeley ?
On vivait avec un groupe qui s’appellait East Bay Weed Company (rires). Donc on buvait beaucoup de bières et on fumait des joints.

Et combien de temps tu consacrais à écrire et à jouer de la musique ?
Tout le temps. Au moins la moitié de Dookie a été composée ici. Mike vivait dans le coin, donc on se retrouvait deux-trois fois par semaine. On jouait souvent. Il y avait beaucoup de nihilisme. Des mecs renvoyés, des gens qui se sentaient exclus, ils venaient tous là. Tout ce qui était scarification, des mauvais tatouages, l’alcool, la mesamphétamine… personne ne pensait que c’étaient des addictions. On savait que tout le monde le faisait. Et on le faisait aussi. Si quelqu’un faisait une fête chez lui avec des groupes qui jouaient, on y allait. Si quelqu’un avait du speed, on en prenait. Puis je composais des chansons en rentrant. Ce n’était pas une nécessité. La chanson était déjà là. J’avais juste besoin de courage. La peur a toujours été présente, même pendant la composition d’American Idiot.

De quoi avais-tu peur ?
J’avais cette voix dans ma tête qui me disait « Mais tu te prends pour qui ? Pourquoi as-tu écrit une chanson comme « Holiday » alors que tu as quitté l’école ? » Le mec issu de la classe ouvrière qui est en moi est juste ressorti. Parfois les gens qui parlent le plus viennent de milieux aisés. Et les plus timides sont souvent ceux qui viennent de la classe ouvrière, des gens qui sont fauchés. Il y a cette peur de perdre tout ce que tu as. Je viens de là moi.

En fait, American Idiot est l’album le plus franc que vous ayez jamais fait.
C’était une autre peur. Si à 31 ans je ne disais pas tout ça, quand est-ce que j’allais le dire? Je devais le faire. Si je sers à quelque chose, je me dois de le dire.

Dookie est sortie l’année où Kurt Cobain est mort, où eddie Vedder de Pearl Jam luttait publiquement avec la célébrité, et Scott Weiland de Stone Temple Pilots combattait l’addiction. Comment as-tu fait toi pour surmonter ce succès ?
On vient d’un milieu punk rock, et le terme « rock star » était un mot terrible. C’était une période difficile. Plus tard, je me suis demandé si j’ai apprécié ça, voire même si j’avais été là bas un jour. J’ai adoré voir notre public s’agrandir, l’excitation des gens qui chantent les chansons. Mais on nous a détesté, bien plus que tous les groupes de la Bay de l’époque réunis. J’en suis persuadé. Venant des groupes de Gilman Street et de Maximum Rock N Roll, qui avaient une mentalité socialiste, ce qu’on a fait était pour eu un blasphème : on était devenus des rock stars.

Quand as-tu commencé à être à l’aise avec la célébrité ?
Pendant la période Insomniac, j’avais peur de me déplacer sur scène. Je me disais que si je m’avançais vers une partie du public, et pas l’autre, j’allais passer pour un connard. C’était dans ma tête. Puis pendant Nimrod, j’ai commencé à boire. Et je me suis dit « Allez merde, je le fais », et j’ai commencé à lever les bras en l’air, à faire applaudir les gens. Je me suis rendu compte que c’est ce que voulaient les gens. Ils veulent passer du bon temps et ce n’est pas mal de prendre les devants. Tout ça a mené à American Idiot. Ca m’a pris jusqu’à mes 32 ans pour prendre confiance en moi et oser parler.

Ca ne te semble pas ironique maintenant que ce soit l’alcool qui t’aies aidé ?
Oui. Je ne me souviens plus de la salle, mais un soir, on a joué à Austin au Texas. Il y avait 2000 places. J’avais le trac. Et c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à boire avant les concerts. J’ai d’abord pris deux bières. Et après c’était plus. Du courage en liquide, ça m’a permis de me lâcher un peu et de ne pas prendre ça trop au sérieux.

En tant que gamin à l’état d’esprit punk rock, que pensais-tu des rock-stars comme Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison ? Est-ce que tu comprenais leurs excès, ou est-ce que tu penses que c’étaient des faiblesses ?
J’adorais les Doors. Je pense que Jim Morrisson est la vraie première rock star. Il y a aussi des gens comme Little Richard qui avait ce côté flamboyant aussi. Mais Morrison a apporté une autre dimension, en étant un poète, il était élégamment perdu. Il essayait d’atteindre un nouveau niveau d’état de conscience en se torchant. C’était le Bukowski de la musique. Mais c’est assez dangereux. Quand j’écoute les Doors, ça me donne envie de me bourrer la gueule. Surtout sur une chanson comme « Roadhouse Blues » avec « I woke up this morning, got myself a beer ». C’est le gros « je vous emmerde » à la société, contre les conventions. Et tu le fais à travers l’alcoolisme. Il y a des moments où je vivais ces mots, et j’ai failli mourir avec eux.

Est-ce que tu as écrit de nouvelles chansons ?
Je compose des riffs de guitare. Des mélodies me viennent en tête, et je les mets direct dans mon Iphone, avant de méditer un peu dessus. Voyons voir… (il fait écouter un riff de guitare enregistré sur son Iphone). Des trucs comme ça. J’écris constamment des paroles.

Est-ce que tu sens déjà une différence dans ton écriture avec ce qui t’ait arrivé récemment ? Est-ce que tu prépares un album sur ton expérience en cure ?
C’est trop tôt. Je sens que je vais attendre un peu pour celui ci. Je n’ai pas envie de me précipiter et me sentir envahi par tout ça. Je ne peux faire qu’une chanson à la fois. J’ai juste envie d’écrire de bonnes chansons que les gens aiment, en utilisant moins de son de bonne qualité. J’aime quand ça grésille dans les albums. J’aimerais faire des trucs 100% live avec Green Day. Parfois je regrette qu’on n’ait pas enregistré nos derniers albums de cette façon, pour avoir la même ambiance que Exile On Main Street. Je n’arrive pas à faire les choses à moitié. Je vérifie toujours que tout sonne bien, que la chanson est bien entièrement terminée. Je pense aux premiers albums des Ramones et au premier disque des Clash, où ces chansons sont toutes bien ficelées, bien jouées. On peut presque les entendre enregistrer dans leur salle de répét. Et quand tu passes à Sandanista tu vois le changement, on sait que ça a été enregistré en studio.

En vérité, le premier album des Clash a été produit par leur ingénieur du son de concert.
Oui ! C’est un album fantastique. Tout en évoluant, je tiens à ce qu’on sonne toujours comme une unité.

Alors, tu arrives à te projeter dans Green Day à 50 ans.
Ouais

À 60 ans ?
Oh ouais. Continues !

Les Rolling Stones sont un bon exemple à ce jour.
Ce qui est bien avec les Stones, c’est qu’ils sont devenues de vieux bluesmen. J’ai regardé leur concert du 12/12/12, ils ont épaté tout le monde. Ils sont une grande source d’inspiration. Et en voyant tous les cheveux blancs qu’a Keith Richards maintenant… (rires)

Tu seras bientôt de retour en tournée. Est-ce que vous avez établi entre vous des nouvelles règles, comme « pas d’alcool en coulisses » pour t’aider à rester sobre ?
Il faut toujours qu’on en parle. Tout le monde sait que ça arrive, c’est ce qui va me permettre de tenir le coup, et où tout le monde est content. Parfois, je ne suis pas sûr d’être prêt. Il y a toujours cette obsession pour l’alcool. Il y a aussi des nuits d’insomnie. Mais il faut que je travaille dessus chaque jour. Parce que je sais comment ça se passe en tournée. J’organise une fête immense pour les gens. Et au moins 70% des gens dans la salle ont bu un verre. Il va falloir que je fasse attention.

La prochaine fois que tu voudras boire un verre, qu’est-ce que tu vas prendre à la place ?
J’irai probablement dehors, appellerai un taxi, retournerai à ma chambre d’hôtel et prendrai un soda. Ou une root beer. J’adore les root beers.

22 Commentaires sur “Traduction de l’interview de Billie Joe pour Rolling Stone”

  1. An Idiot ~ dit:

    C’est super de voir qu’il va mieux ! Je pense qu’il ne lui reste plus qu’à retourner sur scène pour que tout « retourne à la normal ».

  2. Seb dit:

    Très bonne interview, courage B.J on est tous avec toi le succès redémarre maintenant avec votre tournée!!!Après la pluie vient le beau temps.Qui n’a pas ses hauts et ses bats?L’important c’est de se relevé et de tout donner comme à votre habitude en oubliant Las Vegas.Donnez tout et rajoutez des dates en France…Good luck Green Day!!!!!!!!!!!!!!!!

  3. GameCube123 dit:

    Ahah…je pensais pas que BJ voulais la mort de SteveJobs, en plsu après il fait écouter sur son « iPhone » un riff^^mais sinon j’en sais un peu plus sur cette histoire a dormir debout (non je dec’)

    Vous voyer quand ont dit : Boie comporte des risques^^

    Faisont comme BJ actuellement, ont arrete ^^

  4. sasa dit:

    Super !!!!! merci beaucoup beaucoup pour cette traduction qui a dû être longue ! et l’interview est géniale

  5. Lys dit:

    Je me répète mais … Merci pour la trad!!! Je crois que c’est la plus longue interview de BJ que j’aie jamais lue…. Je pense que je vais méditer la dessus un moment, parce que, franchement, il a des trucs qui me surprennent: BJ est (ou a été en tous cas) Timide et n’a pas confiance en lui!? C’est un gars beaucoup plus torturé que je ne le pensais. Je dois être trop naïve…
    Bref…
    Vive GREEN DAY!!!

  6. Flox dit:

    Je suis un mec, j’ai une copine mais j’aime Billie Joe, c’est mon Dieu, Green Day est ma religion 🙂

  7. BrutalLove dit:

    Merci encore pour la traduction! Je suis sur la même longueur d’onde que @Lys
    j’ignorais des choses sur Billie Joe, Cette interview m’a touché franchement.. J’èspere qu’il ira bien en Juillet Pour Nîmes et toutes les autres dates. Comment Billie Joe ne pourrais pas être un exemple pour nous!

  8. LAURIE.L dit:

    JE L’AIME :’)

  9. je dit:

    ah la la sacré billie joe … Je m’en passerais JAMAIS !!! = )

  10. Naivyls dit:

    G acheté le rolling stone de ce mois ci mais g pas trouvé d’article sur green day; est ce que l’article n’est que sur le modèle des Etats unis ?

  11. je dit:

    ah la la sacré billie joe… Je ne m’en passerais JAMAIS !! = )

  12. Olivia dit:

    Naivyls: Il faudra attendre le mois prochain pour la France, vu que l’article vient de paraitre aux USA.

  13. Naivyls dit:

    ok merci olivia, je l’acheterai le mois prochain alors 🙂

  14. Foxiris dit:

    Yearh ! Je veux te voir en forme pour Nîmes cet été ! 🙂

  15. Dirty Rotten Bastard dit:

    Merci beaucoup pour la traduction ! Super interview 😉 j’ai hâte de voir Green Day à nouveau sur scène !

  16. Angie dit:

    Wouah ! Cette interview m’a foutu un coup, ça m’a vraiment émue !
    Green day <3

  17. Whatsername♥♥ dit:

    Ca fait du bien de voir qu’il va enfin mieux… Vivement qu’on les voit, j’espère qu’il va s’accrocher ! ♥♥♥

  18. sexe velu salope dit:

    Remarquable poste, continue dans cette voie

  19. déguisement Affriolant dit:

    Humm êtes vous sûr de ce que vous dites ??

  20. Chelsea dit:

    Magnifique post : continuez comme ça

  21. actrice porno Cassie Cruz dit:

    Ce ρoswt est plein de vérités

  22. Hunglrne.newsvine.com dit:

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