Billie Joe parle de « Dookie » – Rolling Stone

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Il y a 20 ans sortait « Dookie ». A cette occasion, le magazine Rolling Stone a interviewé Billie Joe pour parler de cet album culte!

A partir de quel moment as-tu remarqué que les grosses maisons de disques s’intéressaient à vous ? Votre deuxième album « Kerplunk » est sorti sur le label indé Lookout en janvier 1992; après que le fameux « Nevermind » de Nirvana soit passé numéro 1 des ventes. Est-ce que vous surfiez sur la vague ?
Je me souviens de Larry Livermore (fondateur de Lookout) qui nous disait que les grosses maisons de disques le contactaient. On les ignorait. On ne savait même pas ce que ça signifiait. On croyait que c’était des faux appels. Il y avait beaucoup de groupes qui se la jouaient Nirvana et Soundgardens qui ne correspondaient pas aux attentes. Les maisons de disques ne nous recherchaient pas spécialement.

Alors que c’était le cas. Trois grosses maisons de disques (Geffen, Columbia et Reprise) se battaient pour vous avoir.
On avait une assez grande communauté de fans. Mais personne ne savait vraiment ce que c’était, parce qu’on était surtout relayés par les petits fanzines, et des mecs qui nous faisaient jouer dans des salles des fêtes. Le mec de Geffen me disait « VOUS avez fait salle comble au City Gardens (dans le New Jersey)? ». Et on faisait aussi salle comble au Whisky A Go Go à Los Angeles. Même les mecs de Warner Bros n’en croyaient pas leurs yeux.

Ca a été un grand tournant pour le futur de votre carrière. A quoi ressemblaient vos réunions de groupe? Et qu’est-ce qui vous a décidé à choisir Rob Cavallo et Reprise ?
On devait être probablement défoncés. Je dois dire qu’on l’était toujours. (rires). Après c’était surtout par élimination. Mais on savait très bien ce qu’on voulait faire. Moi je joue avec ma guitare Blue, Mike va avoir le meilleur son de basse. J’allais utiliser qu’un seul ampli. C’est tout ce dont on avait besoin. Et c’est comme ça qu’on a fait l’album.

Vous avez enregistré l’album chez vous, à Berkeley, mais dans un gros studio, Fantasy. Ce qui est une grande avancée comparé à ce que vous aviez fait pour vos albums précédents. Est-ce que vous vous sentiez à l’aise?
Ca avait une atmosphère assez seventies, et il y avait du bois en acajou dans tout le studio. Et on allait voir dans les moindres recoins pour voir toutes les cassettes de Creedence Clearwater Revival.
Malgré tout on se sentait bien. Notre premier album nous avait coûté 700 dollars à faire, et Kerplunk 1200$. On se disait « Enregistrons ces albums le plus rapidement possible parce qu’on n’a pas le choix » (rires). Cette fois, on a pu prendre plus de temps, on a pu travailler sur les sons, avoir les meilleures tonalités de guitare. J’avais aussi le temps de bosser sur mes parties vocales. J’ai adoré cette expérience.

Est-ce que tout était déjà composé et prêt à être joué quand vous êtes arrivés au studio ?
On vivait à Ashby and Telegraph à Berkeley. On partageait la chambre avec un autre groupe, East Bay Weed Compagny, et il y avait aussi d’autres personnes qu’on connaissait à l’étage. On vivait tous en communauté. Et on répétait aussi là-bas. Quand on est rentrés de notre tournée pour Kerplunk, j’avais un enregistreur avec moi. Je m’amusais avec, je faisais des démos, je jouais tout simplement. c’est là-dessus que j’ai commencé à bosser sur « She », « Sassafras Roots, « Pulling Teeth » et « F.O.D ». Ca m’a aidé à créer un son assez basique. Si quand j’enregistrais une chanson, je n’avais pas de pont, je faisais un autre couplet. Puis je montrais les chansons à Mike et Tré.

Quelle est la première chanson que vous avez joué votre premier jour au studio ?
C’était probablement « Burnout », qui ouvre l’album. On était tout excités. On était comme des enfants dans une boutique de bonbons. Mais Mike et Tré étaient assez tendus. Ca a été l’album le plus stressant pour eux à enregistrer. On était prêts. On ne voulait pas être ce genre de groupe qui reste bloqué en studio. On entendait des groupes dire que les maisons de disques les obligeaient à recommencer si c’était mauvais, ce qui est assez affreux quand on dépense autant d’argent. Alors on voulait aller vite pour tout enregistrer rapidement et en avoir fini.

En tant que compositeur, qu’as-tu appris en écrivant et en enregistrant les chansons de « Dookie »? Sur des albums indé, c’est déjà un exploit de faire les chansons. Mais, « Longview », « Basket Case », « When I Come Around » et « She » ont fini sur les radios et dans les concerts. Ce que faisait Green Day n’était pas seulement rapide, il fallait aussi penser à durer.
Pour moi, c’était important d’avoir une opinion et d’être quelqu’un. A cette époque dans le rock, on entendait beaucoup d’artistes se plaindre. Par nature, on est des gens extravertis. Donc c’est ce qu’on a trouvé dans nos chansons. On savait bien qu’on allait finir par devenir comme ces groupes qu’on n’aimait pas (rires). C’était important d’être nous-même, et d’être téméraires. On emmerde tout, la vie elle-même est stupide.

Mais il n’y a rien de stupide dans les paroles de « Basket Case » (qui parles des crises de panique de Billie Joe), « When I Come Around » (à propos de sa relation avec Adrienne) ou « F.O.D ». Ca montre juste que le mec qui vit les chansons n’était pas aussi heureux qu’il a l’air en faisant l’album.
Je crois oui, quand ça commence avec « I declare I don’t care no more » dans Burnout. Je me défoncais beaucoup. C’était un sentiment assez mélancolique. Tu cherche quelqu’un qui puisse comprendre ta folie. « F.O.D » parle de voir quelqu’un en particulier et penser à lui péter la gueule. J’en rigole maintenant. Mais c’était vraiment ce que je ressentais. Tout me paraissait si fou. Quand on était sur un label indé, c’était sécurisant. Et après, j’avais plutôt l’impression de tout faire péter.
« Basket Case » est devenu une sorte d’hymne des losers. (rires) mais dire que ça ne parle que des crises de panique est assez réducteur. Ca parle surtout d’être dans une confusion totale. Ca me fait penser à la chanson « American Idiot », quand il y a le chaos dans le monde, des gens se font tuer. Et il n’y a aucun sens à tout ça. On se sent comme une victime face à tout ça. Pour « Basket Case », c’est pareil.

Pourquoi est-ce que dans le troisième couplet de la chanson, tu as fait des modifications en employant « he » (il) en parlant d’une pute (whore) ?
J’avais envie de prendre des risques, pour moi mais aussi pour celui ou celle qui allait écouter. ca fait voir le monde différemment, en se disant que ce n’est pas toujours tout noir ou tout blanc. L’album parle aussi de bisexualité.

C’est aussi le cas dans « Coming Clean », qui commence avec « Seventeen and strung out on confusion ». Est-ce que tu avais 17 ans quand tu as écrit cette chanson ?
Non, ça aurait pu être n’importe quel nombre. Dans cette chanson, je me pose pas mal de questions. Il y a tous ces sentiments que tu peux avoir au sujet des gens qui sont du même sexe que toi ou du sexe opposé, surtout à Berkeley et San Francisco. Les gens montrent qui ils sont: gays, bi, transexuels, et autres. Ca ouvre l’esprit d’une société qui devient plus acceptable. Maintenant on reconnait le mariage gay.

Est-ce qu’avec cette chanson tu as pu tirer des conclusions quant à ta sexualité ? Ou est-ce que tu t’intéressais juste à ces questions ?
C’est un processus de découvertes. J’étais prêt à tout essayer (rires). Mais je me suis marié à Adrienne un an après.

Et votre fils aîné est né en 1995.
C’était dingue. Dookie est sorti en février, je me suis marié en juillet. J’étais assez impulsif à l’époque. Je crois que mon côté impulsif m’aidait à contrer le chaos de ma vie.

Est-ce que selon toi le fait de nommer votre album « excréments » était une erreur ? Pour être honnête, c’était difficile de vouloir aller plus loin que le titre pour vouloir s’attarder sur les paroles des chansons, plus profondes.
Je crois que c’est le cas pour la plupart des gens, même s’ils s’y sont fait. Evidemment, le titre est venu d’un délire quand on était défoncés. On fumait beaucoup. Je pensais à l’album de Sonic Youth, Goo. Quand on a donné le titre à Richie Burger qui a fait le visuel, il a fait: « Ok ». Puis il nous a dessiné des chiens en train de chier partout sur Berkeley. (rires) Je sais pas, c’était impulsif aussi. On se disait « Allez on s’en fout ».

Le visuel était vraiment bien trop joli et drôle pour un support cd.
On peut aussi voir Angus Young, la femme de la pochette du premier album de Black Sabbath.

J’adore le chien qui verse un seau plein de merdes depuis un toit, sur une femme qui s’exclame « Oh, mon latté ! », sûrement un clin d’oeil à tous ces punks radicaux de Berkeley.
Il y a beaucoup d’éléments familiers dessus. Il y avait un mec qui faisait tout le temps du jogging, il est dessus. Il y avait un photographe au 924 Gilman Street, qui est aussi dessus.

Ca montre bien que malgré tout ce que vous vous êtes pris dans la gueule en signant sur une grosse maison de disques, votre premier album dessus n’était pas si loin de vos racines.
Je ne suis pas rancunier de tout ce que les gens ont dit. Il y a beaucoup de choses qui se passent en 20 ans. Ils doivent bien finir par changer aussi. Ils doivent être responsables pour les merdes qu’ils font. Je dois déjà être responsable pour les merdes que je fais, peu importe ce qui se passe. Leurs opinions… la plupart des gens ne pensent plus comme ça maintenant. Je ne peux pas retourner contre eux ce qu’ils ont dit à 15 ans pour toujours.

Un commentaire sur “Billie Joe parle de « Dookie » – Rolling Stone”

  1. foxiris dit:

    Merci pour la trad 😉

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